Pourquoi passer des populations à risque aux environnements à risque ?
La science a ouvert la voie à l’élimination de l’hépatite virale, mais les infrastructures déterminent qui peut en bénéficier.
Au Canada, l’hépatite C continue d’affecter de manière disproportionnée les personnes qui utilisent des drogues, en particulier celles aux prises avec une situation de logement instable, la criminalisation et d’autres obstacles systémiques dans l’accès aux soins. Ces tendances ne résultent pas uniquement de comportements individuels; elles sont le reflet direct d’environnements qui permettent ou empêchent l’accès à la prévention, au traitement, aux soins et au soutien.
Lorsqu’on fixe l’attention sur des populations plutôt que sur l’environnement, les conditions qui alimentent le risque de transmission peuvent être invisibles.
Pour réduire l’écart en matière d’élimination, nous devons renforcer la prévention, le dépistage, le traitement et les soins dans les environnements où la transmission a lieu – il ne suffit pas d’identifier les populations les plus touchées.
La science a ouvert la voie à l’élimination de l’hépatite virale, mais les infrastructures déterminent qui peut en bénéficier.
Au Canada, l’hépatite C continue d’affecter de manière disproportionnée les personnes qui utilisent des drogues, en particulier celles aux prises avec une situation de logement instable, la criminalisation et d’autres obstacles systémiques dans l’accès aux soins. Ces tendances ne résultent pas uniquement de comportements individuels; elles sont le reflet direct d’environnements qui permettent ou empêchent l’accès à la prévention, au traitement, aux soins et au soutien.
Lorsqu’on fixe l’attention sur des populations plutôt que sur l’environnement, les conditions qui alimentent le risque de transmission peuvent être invisibles.
Pour réduire l’écart en matière d’élimination, nous devons renforcer la prévention, le dépistage, le traitement et les soins dans les environnements où la transmission a lieu – il ne suffit pas d’identifier les populations les plus touchées.
L'écart en matière d'élimination
- Le Canada a marqué des progrès considérables vers l’atteinte de plusieurs objectifs d’élimination, grâce à un accès élargi aux traitements curatifs contre le VHC et à l’amélioration du dépistage, résultant de nos efforts collectifs pour l’élimination.
- Toutefois, un indicateur clé pour éliminer l’hépatite virale comme menace pour la santé publique – le nombre de nouveaux cas – reste en retard sur les objectifs.
- De nombreuses provinces et le système pénitentiaire fédéral ont réalisé d’importants progrès pour éliminer les obstacles au traitement du vhc, mais plusieurs ont récemment abrogé des politiques de prévention, ce qui nuit aux efforts.
Les taux de transmission de l’hépatite C ne sont pas uniformément répartis à travers le Canada.
Sources actuelles de risque de VHC
- Au Canada, environ 85 % des nouvelles infections par le VHC sont liées au partage ou à la réutilisation de matériel de consommation de drogues.
- Cette statistique, souvent utilisée pour décrire qui est à risque, est plus utile pour comprendre comment les systèmes de prévention ne répondent pas aux besoins des gens.
- De plus en plus, la recherche montre que le risque de VHC ne dépend pas seulement des comportements individuels, mais aussi d’environnements économiques, sociaux et politiques plus larges qui ont une incidence sur l’accès à du matériel pour l’utilisation plus sécuritaire de drogues, à des soins de santé et à des conditions de vie stables.
- La réinfection s’inscrit dans ce même contexte. Lorsque le VHC continue de circuler dans une communauté, les personnes peuvent être à nouveau exposées, même après un traitement réussi.
- La transmission du VHC ne se fait pas au hasard. Elle suit des schémas prévisibles qui dépendent de l’accessibilité ou non des outils de prévention, des soins de santé ainsi que des soutiens sociaux.
- Le sociologue Tim Rhodes a développé l’idée du Dʳ Zinberg concernant l’influence du risque, de l’état et de l’environnement sur la santé. Il a démontré que le risque de contracter le VHC est influencé par divers facteurs sociaux, physiques, économiques et de politiques qui déterminent la facilité d’accès des gens aux options de prévention et de traitement.
- À l’échelle du Canada, divers facteurs politiques, institutionnels et sociaux déterminent systématiquement le degré de risque d’exposition et dans quelles sphères la prévention, le dépistage et le traitement peuvent avoir le plus d’impact.
- Les six environnements décrits dans le rapport ne constituent pas une liste exhaustive des situations dans lesquelles un risque de transmission du VHC peut se présenter. Ils viennent plutôt mettre en évidence divers contextes clés dans lesquels des systèmes de prévention déterminent l’accès à du matériel sécuritaire, au dépistage et au traitement. Dans la pratique, ces environnements se recoupent souvent – et des facteurs structurels plus larges comme le racisme et la pauvreté influencent la manière dont le risque se manifeste simultanément dans plusieurs contextes.
- Il est important de noter que, dans tous ces environnements, les moments les plus à risque correspondent souvent à des phases de transition : arrestation, mise en liberté, congé d’hospitalisation, début ou fin d’une période en refuge, amorce ou fin d’un traitement, perte de logement ou déplacement d’une communauté à une autre. L’infrastructure de prévention doit donc être conçue dans une optique de continuité, et non pas uniquement en fonction de la disponibilité des programmes.
Recommandations
- Renforcer et protéger les infrastructures de prévention dirigées par la communauté grâce à des partenariats fédéraux soutenus. Des investissements ciblés et pluriannuels de Services aux Autochtones Canada et de l’Agence de la santé publique du Canada sont nécessaires afin de soutenir les initiatives de prévention du VHC (et d’autres ITSS) dirigées par des Autochtones et par d’autres communautés dans les régions où les taux de transmission sont les plus élevés. Le maintien du Fonds d’initiatives communautaires et du Fonds pour la réduction des méfaits permettrait de poursuivre les relations de confiance dans le cadre des efforts de proximité, d’améliorer l’accès au dépistage précoce et aux traitements, et de réduire la pression sur les systèmes de soins aigus et d’intervention de crise.
- Assurer un accès systématique au matériel de réduction des méfaits et aux services de prévention dans l’ensemble des systèmes provinciaux et territoriaux. Les gouvernements provinciaux et territoriaux ont une influence déterminante sur les conditions dans lesquelles se produit la transmission du VHC. Les accords de financement pour les refuges, le logement supervisé, les services de santé et les programmes communautaires devraient intégrer les principes de la réduction des méfaits ainsi que des normes minimales pour la prestation de services, y compris l’accès à du matériel pour l’utilisation plus sécuritaire de drogues et à des avenues vers le dépistage et les traitements. L’accès systématique à des outils de prévention fondés sur des données probantes est essentiel pour réduire la transmission du VHC et d’autres ITSS.
- Harmoniser la mise à l’échelle du dépistage et du traitement avec les infrastructures de prévention dans les environnements à forte transmission. Dans les environnements où la transmission persiste, les investissements publics dans le dépistage et le traitement devraient s’accompagner systématiquement d’un soutien à la prévention par le biais des réseaux de services sociaux. Les modèles de programmes devraient combiner l’accès au dépistage, l’arrimage rapide aux traitements, la distribution de matériel pour l’utilisation plus sécuritaire de drogues et les soins continus afin de réduire les risques de transmission et de réinfection.
- Réformer les politiques sur les drogues qui entraînent des risques évitables liés au VHC. Les gouvernements fédéral, provinciaux, territoriaux et municipaux devraient réviser et réformer les lois, règlements, pratiques d’application et conditions de financement qui conduisent à une utilisation précipitée ou clandestine de drogues, qui limitent l’accès à la réduction des méfaits, qui interrompent les soins et qui criminalisent les stratégies de survie. La réforme des politiques sur les drogues devrait être considérée comme un moyen de prévenir l’hépatite virale, et non comme un enjeu isolé.
- Renforcer la prévention et les soins de l’hépatite virale en milieu carcéral et lors de la réinsertion dans la communauté. Les systèmes correctionnels fédéraux, provinciaux et territoriaux devraient mettre en œuvre des normes minimales concernant les mesures fondées sur des données probantes telles que le traitement par agonistes opioïdes, l’accès à du matériel pour l’utilisation plus sécuritaire de drogues, le dépistage, le traitement et la couverture vaccinale. La planification de la mise en liberté devrait inclure une confirmation d’arrimage aux soins de santé dans la communauté, le maintien de traitement et un soutien pour la prévention. Par ailleurs, la communication publique des données sur l’accès et les résultats permettrait d’accélérer les progrès et d’accroître la responsabilisation.
- Élargir la vaccination contre le VHB par des programmes universels de vaccination à la naissance et par la vaccination de rattrapage pour les adultes. Les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient mettre en place des programmes universels de vaccination à la naissance ou des calendriers de vaccination des nourrissons, là où cela n’existe pas encore, et élargir l’accès à la vaccination de rattrapage pour les adolescent-es et les adultes non vacciné-es. L’intégration de la vaccination dans les soins prénatals, les soins primaires, les programmes en pharmacie, les services de santé pour nouveaux(-elles) arrivant-es et l’admission en prison permettrait d’accélérer les progrès et de réduire le risque de transmission ultérieure.
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